Précédemment dans "Les galères du boulot", je vous le fait dans l'ordre :

- Passer 5 ans dans un job temporaire sous les ordres d'une patronne manipulatrice et lunatique > Fait.

- Trouver un autre boulot payé moitié moins mais enfin se tirer de là > Fait.

- Tomber sur un nouveau patron méga fénéant et menteur qui ne fait rien pour que sa boîte se lance > Fait.

- Subir quelques mois plus tard la liquidation judiciaire de la-dite boîte > Fait.

- Se battre avec les administrations et le franchiseur pour tenter de re-créer la boîte et se rendre compte que les mecs veulent te la faire à l'envers > Fait.

- Se retrouver au chômage à courir après les boulettes du mandataire judiciaire qui, lui non plus, ne fait pas son boulot > En cours.

Ce qu'il y a de bien avec Pôle Emploi, c'est que quand tu as cotisé suffisament, tu bénéficies de quelques revenus appréciables qui te permettent de tenir en attendant de retrouver quelque chose.

Ce qu'il y a de pénible avec Pôle Emploi, c'est que tout est soumis aux lenteurs et à la logique imparable du système.

Lorsque j'étais encore salariée, je m'étais déjà rendue dans mon agence en quête d'informations pour espérer passer une VAE (Validation des Aquis et de l'Expérience). Ce afin d'élargir mes possibilités d'être recrutée ailleurs. Et ce à quoi je me suis gentiment entendu répondre que déjà, c'était compliqué et qu'en plus, bon, j'avais du boulot alors euh... Voilà comment on incite à peine les gens à rester scotchés à vie à leur poste et que, par conséquent, ces postes ne sont pas prêts de se libérer. Sans commentaire.

Aujourd'hui, pas de bol pour Pôle Emploi, je suis de retour et cette fois ils ne peuvent pas se débarrasser de moi. Après 2 minutes de conversation à sens unique auprès d'une dame de l'accueil qui n'y connaissait clairement que dalle, j'ai obtenu un questionnaire pour me lancer dans une nouvelle forme d'accompagnement à la réorientation par un prestataire. J'ai donc retourné le formulaire rempli à l'agence qui m'a attribué une conseillère que je n'ai jamais rencontrée et qui m'a envoyé un courrier 1 mois et demi plus tard (rapidité !!!) pour m'informer que j'allais avoir des rendez-vous obligatoires avec cette société.

J'ai donc commencé l'accompagnement à la réorientation. Mon objectif : Elaborer une nouvelle perspective de carrière dans un domaine, proche ou non de ce que j'ai fait jusqu'ici, qui me séduise et avec des possibilités d'évolution intéressantes. Au bout d'une heure d'entretien (qui a tourné exclusivement sur mon expérience professionnelle post-diplôme), la conseillère me résume que, ne me sentant pas fâchée avec mon métier, il serait plus judicieux de continuer à chercher dans cette voie plutôt que d'envisager une réorientation. Me voilà sceptique... C'est pas comme si j'avais passé 5 ans à un poste qui ne me convenait pas, à scruter les maigres offres d'emploi dans mon secteur et à envoyer des candidatures spontanées chaque année devant l'absence totale d'opportunités qui se présentaient. Bref. Le must dans tout ça, c'est que si je rate un RDV pour avoir trouvé du boulot, Pôle Emploi aura la possibilité de me sucrer le reste de mes indemnités. Alors j'attends la suite.

Dans mon club d'équitation, Maya, une fille avec laquelle je monte toutes les semaines, m'avait confié s'être lancée dans une aventure de vente à domicile. N'étant pas fan de ce genre de pratique mais ayant déjà envisagé de me lancer chez Tupperware pour avoir un complément de revenus (et pour m'occuper), je lui ai demandé un peu ce qu'elle faisait. Elle m'a expliqué qu'elle avait monté sa boîte et qu'elle se fournissait lors de ses commandes clients sur une immense plateforme où elle avait accès à différentes catégories de produits (beauté, vêtements, ménage, diététique,...). Elle m'a alors expliqué que si je voulais, je pourrais m'associer avec elle et que chacune s'occupe des catégories qui l'intéresse par exemple. Voulant d'abord en savoir plus sur ces mystérieux produits dont je n'avais toujours pas réussi à obtenir le nom d'une marque, elle m'a proposé de me présenter tout ça lors d'un rendez-vous.

Première surprise : le rendez-vous n'était pas chez elle, en journée, alors qu'elle ne travaille qu'à mi-temps et moi pas du tout, mais chez moi, avec son manager et il fallait a-bso-lu-ment que mon copain soit là.

Deuxième surprise : monter sa boite, la blague. Sous le statut de VDI (Vendeur Indépendant), tu fais passer des commandes à tes connaissances sur catalogue, tu commandes sur le site internet de la marque, tu livres et tu reçois chaque fin de mois une sorte de paie sous forme de commissions qui représentent environ 20 à 30% de ton chiffre d'affaires, soit grand maximum dans les 300€/mois. Donc tu es susceptible d'avancer le coût des commandes (jusqu'à 300€/semaine) car le client ne te paie qu'à la livraison (or il s'agit de ton compte courant et non de la trésorerie à part d'une société), tout ça pour gagner une misère une fois déduits les frais kilométriques d'allers-retours chez chacun de tes clients (car les réunions de groupe ne sont pas autorisées)... Si tu veux gagner plus, et tu es d'ailleurs TRES TRES FORTEMENT encouragé à le faire, il y a une solution ! Tu recrutes des connaissances pour devenir tes "associés" et tu gagneras environ 12% sur leur chiffre du mois ! Le but étant donc clairement énoncé par le manager : qu'une petite partie de ton activité soit la vente en elle-même mais qu'une grosse partie soit de créer, entretenir et agrandir ton réseau d'associés. Ca ne vous rappelle pas un peu tous les systèmes boule-de-neige ou de vente pyramidale qui ont été interdits par la loi ? Bah si mais là, ils ont trouvé la faille pour rendre le processus légal : tu ne payes pas de droit d'entrée. Tu dois juste payer ta formation (qui se résume à écouter des CD et lire des bouquins sur "comment te faire des amis" entre-autres), payer ta valisette de catalogues de commandes et te rendre régulièrement à des séminaires payants les dimanches.

Troisième surprise : les produits. Les produits sont garantis à 100% alors ils doivent justifier d'une qualité irréprochable. Cool. Voyons ça. Monsieur le manager en costard décide donc de nous faire quelques "tours de magie" pour nous conquérir. Il mélange à une solution d'eau + bétadine un peu de poudre détachante et oh, magique, l'eau est redevenue transparente ! Attitude circonspecte de ma part et de la part de mon homme. Maya s'exclame "c'est vraiment bluffant !!" alors on dit oui poliment et on attend la démo suivante. Le manager trempe un cure-dents dans son produit vaisselle et laisse tomber le cure-dents dans une bouteille d'eau remplie aux 3/4, il remue et surprise, ça fait de la mousse. Je me retiens vraiment pour ne pas rire. Il m'assure qu'avec cela je peux facilement nettoyer quelques verres. Putain si avec plus d'un litre de flotte je ne peux que nettoyer quelques verres fallait p't'être mettre un peu plus de produit non ? Il nous montre ensuite deux flacons de shampooing qu'il nous fait sentir, déjà je trouvais que l'un ne sentait à peu près rien et l'autre pas terrible, puis il nous assure que c'est économique car l'opercule est plus petit que sur les shampooings de supermarché, donc on en met moins. Franchement j'étais à deux doigts de prendre une règle pour vérifier le diamètre du trou. Maya m'annonce qu'en plus, ils ont un excellent produit pour faire la litière des animaux, plus besoin de frotter, ce sur quoi elle insiste pendant plusieurs minutes sans écouter ma réponse. Et c'est tout. Pas de présentation d'autres produits malgré le sac de courses énorme qu'il avait apporté. Difficile d'être convaincu, sérieusement j'aurais l'impression d'anarquer mes amis si je leur vendais des trucs pareils ! Alors pour ceux qui se demandent comment je me débrouille sans les produits hors de prix de la plateforme mais avec des produits bien ordinaires que l'on trouve partout : j'enlève mes tâches avec de la javel ou détachant traditionnel, je lave ma vaisselle avec du liquide vaisselle standard (et de toute façon j'ai un lave-vaisselle donc j'en utilise assez peu), j'achète mon shampooing en grande surface ou occasionnellement en salon selon mes besoins (ce qui fait vivre mon coiffeur préféré plutôt que d'engraisser des investisseurs) et je mets de temps en temps un peu d'acide chlorhydrique dans la cage de mon lapin pour faire disparaître en 5 secondes sans frotter les vilaines traces de pipi.

Le nom de cette merveilleuse société qui, lorsque vous refusez d'en faire partie, vous catalogue comme des personnes qui ne sont pas "indépendantes", qui ne veulent pas "apprendre", qui ne sont pas "courageuses" et pas "prêtes à faire des efforts pour se construire une sécurité financière" est AKEO. Tapez le nom sur votre moteur de recherche si ça vous dit de lire quelques témoignages alarmants quant à leur histoire et aux méthodes qu'ils emploient. Concernant le lavage de cerveau, je ne me fais pas d'illusion, depuis que Maya a intégré leur système, elle n'a plus que cinq mots à la bouche "supermarché", "qualité", "opportunité", "vite rentable", "pas pyramidal", qu'elle répète à tout bout de champ, même quand il s'agit de répondre à une toute autre question...

Franchement si ce genre d'organisation n'est pas un fléau il faudrait m'expliquer. Bonjour l'arnaque.

dessin-mouton